6 L’imbrication complexe entre ordres social, genré et économique est également abordée dans la troisième partie, 160;Arbeiten, Wirtschaften und Geschlechterdifferenz160; (Occupations, économies et différence des sexes). Les articles rassemblés ici mettent en évidence la manière dont la répartition genrée des taches a joué un r?le central dans le maintien d’une certaine stabilité sociale au xixe siècle. L’auteure exemplifie ce processus par l’étude de mesures socio-politiques comme la protection de la maternité ou les assurances maladie au tournant du siècle. L’assignation des hommes et des femmes à des activités professionnelles bien déterminées et la valorisation inégale dont elles font l’objet sont présentées comme des tendances qui perdurent du début de l’époque moderne jusqu’à aujourd’hui. 7 La quatrième partie, 160;Muttertag, Volkstrauertag und andere Antworten auf den Ersten Weltkrieg160; (Fête des mères, jour de deuil national et autres réponses à la Première Guerre mondiale), est consacrée aux commémorations en Allemagne après la Première Guerre mondiale, marquées par des représentations de genre. à travers des exemples comme le Volkstrauertag et la Fête des mères, l’historienne met en évidence les dispositifs ciblés de commercialisation et de médiatisation qui, en consacrant le soldat comme idéal masculin et l’épouse-mère comme modèle féminin, servent non seulement la cohésion nationale mais aussi des objectifs concrets de politiques de population. Ce procédé qui érigeait la mère en figure sacro-sainte si éloignée des préoccupations des vraies mères est l’objet du dernier texte du chapitre sur la situation des veuves de soldats dans la République de Weimar.burberry femme pas cher
Il s’agit ici d’une étude innovante dans laquelle les femmes sont présentées en tant que victimes de guerre et actrices à l’arrière. 8 Le recueil s’achève sur des réflexions plus générales relatives aux 160;Theoretische und historiographische Herausforderungen160; (Défis théoriques et historiographiques). Dans le dernier article, Karin Hausen critique la hiérarchisation de certains concepts analytiques et interprétatifs dans la recherche historique actuelle et plaide pour l’intégration d’une forme constructive de discordances et d’hétérogénéités. Dans l’optique de ce programme pr?nant l’impossibilité d’une histoire unique et unifiée (160;Nicht-Einheit der Geschichte160;), l’auteure souhaiterait que la recherche prenne davantage en compte l’hétérogénéité du temps et de l’espace étudiés, ainsi que la complexité de l’humain en fonction de l’origine, de la situation de vie, de l’age et du sexe. Le livre témoigne de l’inscription de Karin Hausen dans ce programme qu’elle a contribué à élaborer et qu’elle continue d’enrichir par son attention accordée aux dynamiques sociales jusque-là invisibles, ainsi qu’à leurs cassures et interfaces.""160;Mais d’abord et avant tout, cette analyse est le résultat de mes préoccupations féministes pour la justice sociale, l’égalité entre les femmes et les hommes, et la fin de l’impunité160; (p.160;21).vanessa bruno gris pas cherMarie-France Labrecque, anthropologue à l’Université de Laval, déclare ainsi dès les premières lignes l’esprit qui l’a animée dans la conception et la rédaction de Féminicides et impunité. Publié par écosociété, une maison canadienne d’édition qui revendique un regard critique et engagé sur la société contemporaine, le texte de cette anthropologue se propose d’entremêler dénonciation et compréhension, engagement et analyse, comme deux éléments indissociables 160;si l’on veut plus globalement prévenir et éradiquer la violence faite aux femmes, autrement dit si l’on veut véritablement comprendre160; (p.160;135). 2 Si cette approche déclarée pourrait inquiéter un certain nombre de lecteurs soucieux de maintenir la séparation épistémologique entre le savant et le politique, c’est pourtant avec honnêteté intellectuelle et précision scientifique que Marie-France Labrecque propose une reconstruction historique des meurtres et disparitions de femmes qui se sont produites à Ciudad Juárez, ville mexicaine à la frontière avec les états-Unis, depuis le début des années 1990, et qui constituent désormais un cas mondialement connu. L’analyse que l’anthropologue propose veut être attentive à la complexité de facteurs sociaux qui ont favorisé l’émergence des violences et leur reproduction dans l’impunité. Les féminicides sont donc présentés en tant que phénomène social, localement situé, manifestation de violences où s’articulent des inégalités de genre, de classe et de race. 3 Les quatre chapitres qui composent le livre abordent la question sous différents angles, pour montrer la complexité des dynamiques à l’origine de ces crimes et de leur impunité160;: de la contextualisation historique de la ville frontalière et de son développement récent marqué par des inégalités croissantes, résultat d’une industrialisation rapide et par la montée des violences liées à la criminalité organisée (chap.doudoune ralph lauren pas cher
160;1) aux questions plus théoriques des définitions de la catégorie de 160;féminicide160; et des spécificités des crimes de Ciudad Juárez qui ont touché des femmes pauvres et sont restés en large majorité impunis (chap.160;2)160;; de la formation et la consolidation d’un mouvement de femmes d’un c?té et de l’autre de la frontière et de l’implication des organisations internationales qui se sont occupées du cas depuis les années 2000 (chap.160;3) aux différentes interprétations sur l’origine des crimes que l’auteure propose de lire dans un cadre théorique féministe et critique (chap.160;4). 4 Bien que l’auteure n’ait pas effectué une recherche ethnographique à proprement parler, basée sur un travail de terrain, l’analyse s’appuie sur un corpus assez vaste et varié de documents de seconde main, notamment les nombreux textes académiques produits depuis la fin des années 1990 de la part de chercheuses féministes mexicaines et étatsuniennes, et les rapports également copieux présentés par des institutions mexicaines (comme la Commission mexicaine des droits de l’homme ou la Commission sur le féminicide de la Chambre des députés) ou par des organismes internationaux (comme Amnisty International ou la Commission interaméricaine des droits de l’homme). L’un des mérites du texte est justement de rassembler ce vaste corpus de textes existant sur la question, dont peu sont accessibles en fran?ais. L’auteure les présente en contextualisant le moment de leur production, souligne les enjeux théoriques qui les traversent et discute les effets politiques que ce vaste mouvement d’organisations civiles et de production académique a eus, dont le plus important a été s?rement le jugement et la sentence que la Cour interaméricaine des droits de l’homme a énoncée le 16 novembre 2009 contre le Mexique pour l’assassinat de trois jeunes femmes dont les corps avaient été retrouvés dans une plantation de coton de la ville en novembre 2001.